Interview de Fabrice Bonvin, directeur de l’ouvrage "Ovnis et Conscience", Avril 2015


1. Fabrice, peux tu nous parler de cet ouvrage qui réunit plusieurs co-auteurs. Comment ce projet est-il né ?

Je suis parti d’un constat tout simple : le phénomène OVNI n’est ni reproductible en laboratoire, ni contrôlable. De plus, sa matérialité – car il a une composante physique indéniable – nous échappe, elle paraît évanescente. Le phénomène ne se laisse pas approcher d’une manière classique et orthodoxe, telle que la Science l’autorise. Les outils, la méthode scientifique ne sont pas adaptés. Il a donc fallu se montrer créatif, adopter une approche singulière. C’est ce que j’ai entrepris dans mon premier ouvrage « OVNIs : les Agents du Changement » en retournant les termes de l’équation : plutôt que d’étudier les OVNIs, étudions l’impact des OVNIs sur les témoins. Que nous apprend cet impact sur les mécanismes et les motivations du phénomène ? Et, en dernier ressort, en quoi ces motivations aident à inférer la ou les origines du phénomène ? Ces réflexions m’ont amené à développer un modèle explicatif sous-tendant ces manifestations. 

Plus que cela, elles ont mis en exergue le rôle que joue la conscience dans le phénomène OVNI. On le sait, le phénomène OVNI interfère sur la conscience humaine de diverses manières : épisode de missing time, développement de capacités psi, adoption de nouvelles valeurs et visions du monde, transfert direct d’information du phénomène vers le témoin, etc. Ces constats ne sont pas anodins, ils constituent une constante du phénomène. Cela fait dire à un chercheur comme Jacques Vallée que « ce phénomène a une interaction profonde avec la conscience humaine ». Je suis donc parvenu à la conclusion qu’étudier le phénomène OVNI sans prendre en compte le rôle de la conscience humaine dans ses manifestations, c’est comme vouloir comprendre le fonctionnement d’un transistor en négligeant l’existence des ondes. Ma compréhension du rôle capital que joue la conscience dans les diverses modalités d’expression du phénomène OVNI a été renforcée par l’étude des pratiques chamaniques. Les chamanes sont dépositaires d’un véritable savoir-faire en termes de modification des états de conscience. Ils sont des techniciens de la conscience. Ils savent comment naviguer au sein d’autres réalités, comment se mettre en contact avec d’autres intelligences que l’on peut qualifier d’ « exogènes ». Eux-mêmes se disent en contact avec des formes d’intelligence évoluées que certains assimileraient à des entités « extraterrestres » et/ou issues d’autres dimensions. Je reste persuadé que l’ufologie gagnerait énormément à s’approcher du chamanisme. Certains chercheurs l’ont déjà compris, j’en veux pour preuve Graham Hancock ou encore notre contributeur Romuald Leterrier.

Aussi, j’ai réalisé que la littérature ufologique ne faisait qu’effleurer la question de la relation entre les OVNIs et la Conscience, qu’il y avait là une lacune à combler. Mon premier ouvrage « OVNIs : les Agents du Changement » traitait, à bien des égards, de cette relation mais de manière superficielle. Je restais sur ma fin. De plus, mon deuxième ouvrage « OVNIs : le Secret des Secrets » se terminait sur une idée audacieuse, celle qui affirmait que nous pourrions vivre dans une « réalité simulée » issue d’une « réalité mère ». J’évoquais également la théorie quantique de l’information, avec le pressentiment que cette discipline puisse être à même de nous aider à percer le mystère des OVNIs. Or, ces deux sujets, l’hypothèse de la matrice et la théorie quantique de l’information, sont en tout point reliés à la thématique de la conscience. Mon intérêt à examiner plus en détail ces relations n’en fut que décuplé.

2. Pourquoi avoir sollicité plusieurs personnalités ?

Le projet est extrêmement ambitieux d’un point de vue épistémologique : il s’agit d’étudier le phénomène OVNI, dont nous savons peu de choses, à travers le prisme de celui de la conscience, dont nous ignorons aussi presque tout, et vice-versa. Pour relever le défi, il était essentiel d’aborder la relation OVNI-Conscience sous un maximum d’angles possibles. Sous celui de la physique, de la philosophie, de la psychologie, etc. Seule une équipe réunissant des compétences et des connaissances issues de diverses disciplines garantissait une qualité de  réflexion à la hauteur du défi que l’on s’était fixé. J’ai fini par réunir neuf contributeurs de grande qualité autour du projet : deux témoins, Laurianne et Véronique (pseudonymes) qui proposent un « regard croisé » sur leurs expériences, deux ufologues, Eric Zurcher et Daniel Robin, qui dressent un bilan de leurs expériences de terrain et réflexions, deux philosophes, Philippe Solal et Jean-Jacques Jaillat, qui abordent la question de manière holistique, l’ethnobotaniste Romuald Leterrier, qui propose une perspective chamanique au phénomène  ainsi que le physicien Philippe Guillemant qui fournit un cadre théorique utile à comprendre comment ces manifestations peuvent se déployer dans notre réel.

Par des synchronicités extraordinaires, le projet s’est construit au fil des mois sans accrocs majeurs, avec la participation active et l’enthousiasme de l’ensemble des auteurs, pour aboutir à une cohérence remarquable dans les propos. Pour reprendre la formule d’Adam Smith, c’est comme si une « main invisible » a œuvré à rassembler toutes les pièces du puzzle pour aboutir à cet ouvrage véritablement exceptionnel. 

3. Que pointez-vous du doigt dans ce livre ? Qu'avez-vous découvert ?

Dans sa préface, Stéphane Allix parle d’ « idées inspirées et fulgurantes ». Je crois que nous pouvons parler d’une véritable révolution, de l’adoption d’un nouveau paradigme, qui va bien au-delà de l’ufologie. Souvenez-vous de Jacques Vallée, très proche des idées défendues par Philippe Guillemant, qui affirmait que « le phénomène OVNI semble indiquer que nos idées sur le temps et l’espace sont fausses ». C’est à ce genre de conclusions que nous amène le livre. Il nous invite, entre autres, à s’approprier les idées suivantes : l’information est l’essence intime de la réalité, la matière dérive de la conscience. Notre univers observable (matériel) cache une réalité plus fondamentale faite de structures d'informations dont l'essence intime est constituée de vide et de plein, d'être et de néant, de 0 et de 1. Par exemple, la non-localité (propriété essentielle en physique quantique) permet de comprendre que les OVNIS se connectent à nous de manière non-locale, sans passer par les voies de l'espace et du temps. C’est ce qui fait dire à Jacques Vallée que « si l’on considère le monde d’un point de vue informationnel et que l’on imagine toutes les manières possibles de structurer le temps et l’espace, la vieille idée de voyage spatial à bord de vaisseaux interplanétaires apparaît comme franchement ringarde. La physique moderne l’a déjà dépassée en offrant une interprétation radicalement différente de la notion d’ « extraterrestre » ». En cela, c’est une révolution. 

4. Quel message pouvez-vous adresser aux lecteurs sur les possibles explications du phénomène OVNI ?

Je ne peux pas engager les contributeurs, qui ont chacun leurs propres idées, sur la question. Preuve en est qu’il est possible de travailler ensemble intelligemment tout en respectant les divergences d’opinions de chacun sur « l’origine » du phénomène. Toutefois, je crois pouvoir dire qu’on est tous d’accord pour dire que le phénomène est extrêmement complexe à appréhender et ne se limite pas à quelques explications simplistes. Une chose est certaine : la conscience y joue un rôle important. Elle se profile comme la ou l’une des voies royales à la résolution du mystère. Dans tous les cas, la physique d’avant-garde, comme celle conceptualisée par Philippe Guillemant, offre un cadre permettant une meilleure compréhension des manifestations du phénomène OVNI. Nous devons désormais persévérer sur cette voie, j’ai l’intuition que c’est la bonne. 

5. Quelles sont les pistes restant à explorer selon vous ? Et quels conseils pourriez-vous donner à ceux qui débuteraient en ufologie ?

Bien sûr, explorer la piste que nous avons dégagée. L’aventure ne fait que commencer. Le site compagnon de l’ouvrage – www.ovniconscience.com – proposera des « ateliers » sur des sujets déterminés en relation avec la relation OVNI-Conscience-Information. Nous resterons fidèles à notre orientation multidisciplinaire en invitant quiconque à s’inscrire sur notre site et collaborer avec d’autres chercheurs, sur un fonctionnement et un esprit semblables à celui de Wikipedia.

La deuxième piste à explorer, à mon avis, reste celle du nucléaire. Le survol récent des centrales en France et en Belgique par des « drones » non-identifiés nous démontre à quel point le phénomène OVNI est indissociable de la question de l’atome et de l’écologie. J’encourage tout chercheur à continuer les travaux d’analyses statistiques sur la question de la corrélation OVNI/Nucléaire, à éplucher les archives gouvernementales déclassifiées, etc. Je fais l’hypothèse qu’il reste encore de belles découvertes à faire.

A tous ces qui débuteraient en ufologie, ces quelques conseils :

D’abord, fuyez Internet. Vos acquis en ufologie, vous les gagnerez en rencontrant des témoins sur le terrain. Rien ne vaut l’expérience, la rencontre, l’échange. L’ufologie, c’est aussi un puits sans fond : c’est l’occasion d’exercer une grande curiosité intellectuelle accompagnée d’une ouverture d’esprit qui l’honorera. « Gardez l’esprit ouvert à tout et ne rien croire » disait Aimé Michel. Gardez aussi à l’esprit que l’histoire de l’ufologie, ces cas « fondateurs » doivent être la boussole de vos actions et démarches futures. Constituez-vous une culture ufologique, imprégnez-vous de l’histoire et des courants de pensée de l’ufologie, car une maison se construit sur des bases solides. Démontrez de la discipline intellectuelle, formez-vous aux rudiments de la méthodologie et de la rigueur scientifiques. N’oubliez jamais qu’Internet est un formidable outil d’échanges et de travail à condition d’être utilisé intelligence et avec discernement. Par dessus tout, faites preuve de tolérance et d’humilité tout en ayant du plaisir dans votre activité d’ufologue, car, comme le disait Voltaire, « le plus grand plaisir est le plaisir de s'instruire, et d'agrandir son âme ».